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07 mars 2006
24h Chrono ou ma perversité devant la télé

"Fais-moi confiance!"; "Ceci n'est pas une option"; "Pour obtenir ces informations, nous n'avons pas le temps d'utiliser d'autres moyens que la force"...
Le décompte, un gage de réalité?
J'en ai déjà parlé précédemment, mais je tiens à revenir une fois encore sur cet élément fondamental de la série: le Temps. Le décompte de ces "24h chrono" qui sous-tend un suspens, parfois à la limite du supportable, ne peut pas être seulement perçu comme un format original, une simple stratégie commerciale, ou encore un cadre narratif ingénieux. Il s'impose aussi comme un résevoir d'adrénaline que l'on injecte directement dans les veines du téléspectateur - désormais à la recherche d'une dose plus forte de sensation - pour assouvir ses pulsions.
Confortablement installé dans son canapé, il s'échappe ainsi dans un univers où la pression dramatique du temps qui passe s'identifie à un gage de réalisme. De réalisme? Oui, sans doute, mais pas de réalité. C'est en fait notre propre perception du réel qui s'en trouve déformé. Cette "bulle" temporelle perturbe inexorablement notre propre identification du "vrai" et pousse nos mécanismes de défense morale dans ses retranchements: le "Sur Moi" retourne au placard le temps d'une diffusion.
La CTU et le désir d'être un autre
A travers le regard porté sur la CTU (cellule anti-terroristes), le téléspectateur accède à un statut social inespéré: à ce moment là à Los Angeles, comme partout ailleurs, la société civile ne connait rien des évènements qu'elle subit face aux attaques des terroristes. Pendant ces 24h, la série permet au téléspectateur de s'extirper de son identité citoyenne tellement commune, de devenir quelques instants un être privilégié qui passe de l'autre côté du mur, de se soustraire à la sois-disante naïveté de l'innocent.
Jack Bauer, le ticket vers l'Enfer
Sorti de l'obscurité des locaux de la CTU, c'est à travers Jack que le téléspectateur continu sa quête de sensations fortes. Au dessus des lois, des protocoles, et dans la saison 4, loin des décisons du gouvernement, Jack Bauer nous permet de dépasser l'Interdit Suprême par procuration. La violence -toujours légitimée- du héros, les scènes de torture insoutenables dirigées par ses "collègues" (le moindre soupçon plane sur vous... Attention, la seringue n'est pas loin, ils ont les moyens de vous faire parler)... Grâce à Jack Bauer, grâce à la série, nous revoilà en plein oedipe, écrasant le "père" (notre Interdit, notre limite éthique et morale) et vivant intensément nos pulsions ("Ca").
Des dialogues creux mais à prioris suffisant, des intrigues sentimentales secondaires mais humanisante,... Il ne nous faut pas grand chose pour adhérer et nous aider à assumer notre propre perversité.
Passifs, toujours devant notre post de télévision, ne devons-nous pas les complices privilégiés de ces tortionnaires?
24h Chrono et mon côté obscure de la force...
(PS: Attention! Je ne suis pas entrain de faire le procès de la série, au contraire. Une série qui joue à ce point avec ses propres limites et celles des téléspectateurs, et qui fonctionne malgré tout, est forcément excellente.)
16:05 Publié dans 24H Chrono | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note





Commentaires
D'accord pour ce côté obscur, après à savoir l'interaction avec notre vie réelle... d'accord aussi pour être un autre, mais ce phénomène a déjà été utilisé, par contre particulièrement d'accord pour dire que c'est ce nouveau champ temporel installé en particulier qui modifie notre perception des choses, et nous fournit un second réel... assez loin de la réalité!! (moi aussi petit article dans mon blog la dessus;))
Ecrit par : trika | 07 mai 2006
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